 |
Les moeurs à l'époque carolingienne
On a beaucoup écrit que l'époque carolingienne aurait été une époque assez approximative sur le plan des moeurs. Ce n'est pas forcément faux mais il faut aussi prendre en compte le fait que certaines de ces moeurs furent liées à des considérations politiques; certains, par ailleurs, notent que ce sont surtout les auteurs protestants qui ont porté ces critiques à l'encontre de la civilisation carolingienne. Charlemagne était réputé pour son penchant pour les femmes. Il eut un grand nombre de concubines en dehors de ses 5 épouses légitimes. Des reines et impératrices et des concubines, il eut 20 enfants, dont beaucoup de filles qui furent elles-mêmes réputées pour leurs débauches. Ainsi Emma s'était laissée séduire par Eginhard amenant l'empereur à exiger le mariage des deux fautifs (le fait, cependant, que Charlemagne avait une forme de tendance à admettre les unions illégitimes de ses filles s'explique par le fait qu'il leur avait refusé toute alliance légitime, sans doute par crainte que cela ne donne naissance à des branches cadettes carolingiennes, qui auraient menacé la lignée principale; Charlemagne prit soin des enfants nés de ces mariages). Charlemagne, cependant, édicta un capitulaire qui interdisait la prostitution dans l'empire. Celle-ci y avait été florissante jusqu'au début de son règne et le capitulaire fut la première disposition législative franque en la matière
Un effort de redressement eut lieu sous Louis le Pieux, qui fit mettre à mort ou exiler les jeunes courtisans complices de ses soeurs et revenir celles-ci à des moeurs plus saines. Il expulsa aussi de la cour d'Aix tous les anciens familiers de Charlemagne dont les moeurs lui étaient suspectes. Les désordres, cependant, revinrent sous Charles le Chauve, aussi bien dans la famille impériale que chez les grands. Richilde, fille de Boves, comte des Ardennes, était la maîtresse reconnue de Charles et, après la mort de l'impératrice Ermentrude, elle partagea le trône avec l'empereur. Judith, la fille de celui-ci, mariée à 12 ans au vieux roi anglais Ethelwolf, eut comme amant son beau-fils et, après son veuvage, trois ans après, vécut publiquement avec lui. On dit que Louis le Bègue, son frère, avait des relations d'une nature peu claire avec elle. Le pape, finalement, admit qu'elle se mariât avec Baudoin Bras-de-Fer, comte et forestier de Flandres. Louis le Bègue, le successeur de Charles, eut deux enfants, Louis III et Carloman, d'une suivante de Richilde mais il fut obligé par son père d'épouser Richarde, la fille du roi d'Angleterre. Le nouveau souverain enleva aussi personnellement une religieuse du couvent de Chelles. La cour de Lorraine, à la même époque, fut perturbée longuement par la question de la répudiation de la reine Teutberge par Lothaire II. Epousée pour des raisons politiques, la reine, princesse de la maison de Bourgogne, était délaissé au profit de Waldrade, la nièce de l'archevêque de Trèves. Le roi traduisit finalement Teutberge devant trois conciles qui la condamnèrent et cassèrent le mariage. Le pape, appuyé par le roi d'alors de Francie Occidentale, n'obtint que la soumission apparente de Lothaire. Berthe, l'une des trois enfants de la concubine conduisit, jusqu'à sa mort en 925, en tant que marquise de Toscane, la cour la plus débauchée d'Europe...
Les affaires de moeurs réapparurent avec les ultimes carolingiens de France quoique possiblement teintées d'utilitarisme politique. Emma, l'épouse de Lothaire -célèbre aussi pour ses qualités militaires- était de moeurs légères et la maîtresse d'Adalbéron, l'évêque de Laon. Lothaire, qui avait donné Blanche, fille du comte d'Arles, à son fils Louis V, vit celle-ci devenir la maîtresse du comte Godefroy de Verdun et, finalement, d'Adalbéron aussi! Lothaire mourut empoisonné en 986 d'avoir voulu mettre un terme aux désordres, sans que l'on sache qui avait utilisé le poison de la reine ou de la bru, le tout dans le cadre des luttes qui menèrent à l'élection d'Hugues Capet. Louis V fut lui-même empoisonné par Blanche. Adalbéron de Laon était partisan de Charles de Lorraine, le prétendant carolingien à la succession de Louis. Enfin -et peut-être plus grave-les textes de l'époque de Charlemagne sur la prostitution ne furent plus, lors des désordres liés à la désintégration de l'Empire, appliquées et l'on vit, avec la féodalité, une très forte renaissance de la prostitution. Les filles publiques de Paris se seraient organisées en corporation dès cette époque et seraient apparues, à la cour des rois et des grands vassaux, des cohortes permanentes de prostituées au service de ceux-ci, d'un niveau plus bas et plus méprisé que les harems de concubines des époques antérieures. Un fonctionnaire, le "roi des ribauds", en était officiellement chargé...
RESUME - L'époque carolingienne ne fut pas forcément une époque de haute tenue morale. Malgré un effort de redressement sous Louis le Pieux, les désordres réapparurent sous ses successeurs et au long de l'histoire de l'empire. Il est
| possible qu'une partie au moins de ces moeurs relâchées ait eu des causes politiques. Le déclin atteignit son comble à l'extrême fin de l'époque carolingienne lorsque les rois et les grands vassaux s'entourèrent de cohortes permanentes de prostituées |
| |