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Erudition et savoir à l'époque carolingienne
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Fulda
Les écoles de l'époque carolingienne
La renaissance médiévale

 

. La théologie de la Patristique au XIIIème siècle

 

La renaissance médiévale

St Thomas d'Aquin. Fra Angelico, XVème siècle
St Thomas d'Aquin. Fra Angelico, XVème siècle
A la fin de l'ère carolingienne, le monde occidental tomba dans de graves désordres. Le pouvoir passa de l'Empire vers des lieux nouveaux, comme l'Empire ottonien, centré sur l'Allemagne, ou bien il se fragmenta et passa progressivement entre les mains des seigneurs locaux. Partout cependant où ces désordres, ces conflits et ces changements de pouvoir permirent le maintien des anciennes écoles de l'époque carolingienne, celles-ci continuèrent d'avancer sur les chemins que la renaissance carolingienne avait fait naître. Et cela n'est pas anodin, car, si, cette fois, l'on se place sur le plan de l'histoire intellectuelle, les penseurs de l'époque carolingienne -dont la plupart, d'ailleurs, étaient aussi des théologiens- doivent être considérés comme les fondateurs de la scholastique, ce renouveau de la pensée théologique qui culmina au XIIIème siècle. L'époque des Pères de l'Eglise avait amené la construction de la philosophie chrétienne sur les bases des idées de Platon -en laissant, essentiellement, de côté Aristote. Bien qu'utilisant le raisonnement rationnel, les Pères de l'Eglise, cependant, étaient surtout des mystiques: ils se fondaient plus sur l'intuition spirituelle que sur la logique pour établir et expliquer la Foi. Puis, entre St Augustin et l'époque de la Renaissance Carolingienne, des penseurs "intercalaires" apparurent: Mamertus, Boèce, Cassiodore, St Isidore de Séville ou Bède le Vénérable. Le travail de ces auteurs fut essentiellement de transmettre les oeuvres de la Patristique aux auteurs de la génération suivante, celle née de l'époque carolingienne. Et c'est cette génération de penseurs carolingiens qui allait être à l'origine de la scholastique. En effet, même si, par exemple, Alcuin, ou Raban Maur, ne font pas plus preuve d'originalité qu'un Boèce ou un Cassiodore, ils doivent cependant être considérés comme les pères de la scholastique du fait qu'ils se sont efforcés de commencer de mettre en contact la Patristique avec les réalités nouvelles -de l'Etat, de la vie quotidienne, de l'Eglise- de l'Europe d'alors. Ils ont mis l'accent sur le raisonnement, donnant à l'histoire de la pensée une tournure nouvelle! La dialectique, cet élément des sept arts libéraux de l'époque, en effet, était l'équivalent de la philosophie; et, sur les manuels de dialectique qu'ils utilisaient, les maîtres en vinrent à écrire des commentaires -des "gloses", notes dans lesquelles ils inclurent, peu à peu, des problèmes nouveaux, de psychologie, métaphysique, cosmologie et d'éthique. Aussi, par le biais de leurs discussions, les dialecticiens de l'époque carolingienne donnèrent naissance aux méthodes, aux contenus et aux conclusions de la scholastique. La scholastique, finalement, amènerait à une rupture complète avec l'aspect mystique et platonicien de la Patristique. Les Carolingiens, pour ce qui est de la Patristique qui leur avait été transmise par les écrivains de la période intermédiaire, étaient essentiellement au contract de St Augustin et ces mêmes auteurs leur avaient également transmis la pensée platonicienne. C'est Jean Scott Erigène qui peut être considéré comme le seul penseur de l'époque carolingienne qui a réellement fait preuve d'originalité, mais celle-ci, très vite, l'amena aux limites de la norme

La Renaissance carolingienne, ainsi, ayant posé les bases, celles-ci, dans toute l'Europe, se perpétuèrent, dans le silence des monastàres ou dans les écoles cathédrales, pour finalement mener, au XIème siècle, aux premières grandes controverses quant à la façon chrétienne de penser. Un philosophe comme Roscelin, au milieu du XIème siècle, annonce définitivement le rationalisme. Les XIème et XIIème siècles se passeront en luttes féroces entre les partisans de l'ancien mysticisme et ceux du rationalisme. Roscelin ou Abélard se heurteront à St Bernard ou St Pierre Damien. Lorsque la raison se moula progressivement dans les exigences de l'orthodoxie et qu'à la fin du XIIème siècle les mystiques admirent finalement un compromis, la raison avait fait son entrée dans la pensée occidentale. La raison, modérée, était admise en tant qu'outil que l'on pouvait utiliser dans la théologie. Les écoles de l'époque demeuraient encore cependant largement augustiniennes

Par ailleurs, les penseurs médiévaux commencèrent de se tourner vers Aristote et vers les oeuvres d'auteurs juifs et arabes. Le sac de Constantinople en 1204, la fondation de nouveaux ordres religieux comme les Dominicains, la naissance des universités menèrent à un combat décisif. Une fois l'aristotélisme purifié des scories qu'y avaient apporté les traducteurs arabes -on commença alors de traduire Aristote directement du grec- St Albert le Grand et St Thomas d'Aquin remportèrent définitivement la victoire. La philosophie chrétienne devenait, dans le même mouvement, rationaliste et aristotélicienne. Même St Bonaventure montrait que ces nouveaux chemins n'étaient pas incompatibles avec le mysticisme. La chaîne de la connaissance, par des chemins variés et tortueux, venait de donner une forme définitive au dialogue commencé 400 ans plus tôt, dans l'Europe carolingienne, entre les Pères de l'Eglise et les réalités nouvelles de l'Europe chrétienne

La scholastique sera renouvelée, ensuite, au XVIème siècle par les Jésuites, Luther, lui, la dénonçant comme une hellénisation syncrétiste. Mais la scholastique semblera une défense d'Aristote et de ses conceptions du système solaire à l'encontre de l'héliocentrisme de Copernic et Galilée, menant au développement du concept de la science voire de la philosophie expérimentales. La scholastique, cependant, reste un symbole de la synthèse européenne et catholique et, après les excès d'une philosophie expérimentale, elle semble bien revenir, de nos jours, par son aspect surtout spéculatif, à une forme de renaissance

RESUME - L'époque carolingienne avait, par les premiers commentaires et gloses ajoutés aux manuels de dialectique, commencé de s'éloigner du simple respect de la patristique platoniste et mystique qui s'était maintenu depuis Rome. Partout où les écoles se maintiendront dans les désordres de l'âge sombre féodal, elles feront que ces bases d'un esprit nouveau se transmettront, menant aux évolutions ultérieures:
l'admission, à travers les luttes des XIème et XIIème siècles, du rationalisme modéré puis, par la redécouverte d'Aristote et les universités, à l'apogée scholastique -rationaliste et aristotélicien- du XIIIème siècle. La scholastique, en perte de vitesse face au rationalisme expérimental (la révolution scientifique) pourrait connaître une forme de renouveau contemporain