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Erudition et savoir à l'époque carolingienne
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Les arts libéraux

la minuscule caroline
la minuscule caroline
Les arts libéraux trouvent leur origine dans le monde antique. Ils furent codifiés en tant que tels par des auteurs de l'antiquité tardive comme Varron ou Martianus Capella et devinrent la structure usuelle de la connaissance médiévale. Les arts libéraux se divisaient en "trivium" et "quadrivium". Le trivium était la partie "littéraire" de la connaissance, s'organisant en grammaire, rhétorique et logique. Le quadrivium était la partie scientifique : arithmétique, géométrie, astronomie, musique. Le quadrivium se fondait sur la division des mathématiques des Pythagoriciens. Bien que ne faisant pas partie des arts libéraux, la philosophie finit par être considérée comme le domaine de la connaissance qui englobait tous les autres. Une hiérarchie émergea au sein des arts : le trivium était le premier niveau, les mathématiques le niveau intermédiaire alors que les sciences représentaient le niveau supérieur. Cette hiérarchie déterminait aussi le cursus des études, menant les élèves du trivium aux domaines scientifiques

Cette prééminence accordée à la philosophie trouve certainement son origine dans la Grèce antique où elle avait fini par occuper la place la plus haute des études. La philosophie était en quelque sorte la théologie du monde grec. Une telle conception qui consistait à placer au service d'un domaine de la connaissance les autres domaines du savoir était déjà en pratique dans l'Inde ancienne. La structuration de l'enseignement fut surtout le fait des Grecs qui, de Pythagore à Aristote, par les Sophistes et Platon, mirent progressivement en oeuvre différents cursus qui, d'une certaine façon, inventèrent les domaines qui allaient devenir les arts libéraux. Les Romains, eux, mirent l'accent essentiellement sur la grammaire et la rhétorique, sciences de l'éloquence. La philosophie, cependant, demeurait toujours le but suprême de toute éducation. Il semble possible que le terme "libéral" d'"arts libéraux" ait déjà été utilisé dans l'Antiquité. Il y signifiait que la connaissance était le domaine des hommes libres ("liber" en latin signifie "libre"), sans doute en liaison avec cette idée que la vie de tout patricien romain digne de ce nom devait se partager entre "otium" et "negotium" -loisir et affaires publiques- alors que les tâches du travail devaient leur rester étrangères

Bien que relevant le travail, le catholicisme n'abaissa pas pour autant les tâches de l'esprit. L'Eglise conserva cette idée que les arts libéraux étaient les différentes étapes d'une hiérarchie du savoir. C'était la théologie qui prenait désormais la première place et un tour chrétien était donné à la connaissance. "Que vaut une clé en or si elle ne peut donner accès aux objets que nous souhaitons atteindre?" écrivait Saint Augustin. Le trivium (grammaire, dialectique, rhétorique) était maintenant utilisé pour comprendre les Ecritures; les mathématiques devenaient le moyen d'entrevoir comment Dieu avait organisé le monde; enfin, le savoir accumulé par les philosophes de l'Antiquité devenait une intuition pré-chrétienne des vérités de la Providence et devait être désormais utilisé dans la société chrétienne

Les "Neuf Livres du Satyricon" de Martianus Capella (vers 420 ap. J.-C.), le "De artibus ac disciplinis liberalium artium" de Cassiodore (vers 550) ou les "Origines, ou Etymologies" de Saint Isidore (vers 600) perpétuèrent pour le Haut Moyen Age le contenu des arts libéraux. Il semble que ce soit Boèce, au VIème siècle, qui ait employé le terme "quadrivium" pour la première fois, y incluant l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie et la musique. Dans l'introduction de son traité sur le trivium, Alcuin renvoie explicitement aux arts libéraux : "La sagesse s'est fait une maison, elle s'est fabriqué sept piliers". Du fait du rôle important des moines irlandais en Germanie, les arts libéraux y furent appelés la "Methodus Hybernica", la "méthode d'Hibernie". Le nombre même de sept rappelait d'autres groupes allant par sept : les sept sacrements, les sept vertus, les sept piliers de la sagesse, et il s'appliqua à son tour à d'autres éléments : les sept arts mécaniques, les sept talents exigés des candidats à la chevalerie, les sept sciences supérieures du droit civil, du droit canon et des cinq branches de la théologie. Les sept arts libéraux devinrent la base de l'enseignement. Ils servaient de base à ceux qui les suivaient pour continuer d'étudier le monde par eux-mêmes. Il existe déjà à cette période une tendance à une conception encyclopédique du savoir. Les arts libéraux continuèrent leur existence après l'époque carolingienne et restèrent la base des études. Ils furent même à l'origine des universités médiévales. Ce n'est qu'à la Renaissance, au XVIème siècle, que les arts libéraux cédèrent la place à l'éloquence et à l'érudition comme bases de l'enseignement. Les humanistes en revenaient ainsi paradoxalement aux Romains alors que les arts libéraux avaient été jusque là peut-être plus rattachés à une conception grecque du savoir

Une considération, qui doit être bien présente dans toute approche de la culture de l'ancienne Europe, est que l'Eglise y jouait un rôle très important tant au niveau des mécanismes sociaux qu'au niveau de la culture. L'Eglise influait à un haut degré sur quasiment tous les aspects de la vie. Ainsi, la plupart des branches de la connaissance n'étaient considérées que dans la seule mesure où elles étaient utiles à la Chrétienté. Ce qui fait que, par exemple, les approches quantitatives n'étaient pas développées et que les références aux données de l'Antiquité, sans réflexion sur la méthode, étaient considérées comme suffisantes. La connaissance, dans ces conditions, n'avait lieu que dans un but pratique: telle ou telle branche de la connaissance devait apporter quelque chose au quotidien des habitants de l'Occident en même temps qu'aider à comprendre Dieu

RESUME - Codifiés à l'Antiquité tardive, les arts libéraux sont la structure habituelle de la connaissance médiévale, avec le "trivium" -la partie littéraire- et le "quadrivium" -la partie scientifique. Le contenu de ces secteurs de la connaissance fut perpétué, au haut-Moyen Âge. Les arts libéraux, en Germanie,
étaient appelés la "méthode d'Hibernie" du fait qu'ils y furent importés par les missionnaires irlandais. L'Occident avait une approche utilitariste de la connaissance, soit pour la vie quotidienne, soit pour la compréhension des Ecritures