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Les Juifs
Les Hébreux, des origines à la Diaspora
Les Hébreux apparaissent dans l'histoire avec Abraham, qui, vers 1700 avt. J.-C., prêche le rejet des idoles et le monothéisme. Moïse est le personnage suivant dans l'histoire juive, menant les Hébreux hors d'Egypte -vers 1300 avt. J.-C.; ils y avaient été transformés en esclaves au temps de Jacob, le petit-fils d'Abraham. De retour en Canaan -la "Terre Promise"- les Juifs finirent par adopter, sur le plan politique, le système de la royauté, vers 1050, au temps de Saül. Le royaume fut ensuite partagé en deux, en 920: celui d'Israël, au Nord et celui de Juda, au Sud du pays. Israël tomba sous les coups des Assyriens en 721 avant notre ère et Juda sous ceux des Babyloniens en 586. On pense que le royaume du Nord -Israël- avait été fondé par dix des douze tribus d'Israël, avec, pour capitale, Samarie alors que le royaume du Sud -Juda- avec capitale Jérusalem l'avait été par les tribus de Juda et Benjamin, avec une partie des Lévites voire des membres de la tribu de Siméon. Le premier exil, celui engendré par les Assyriens eut comme conséquence que quasi aucun Juifs de ces dix tribus ne revint jamais en Israël et les Assyriens établirent en Samarie des populations étrangères, les derniers Juifs restant là devenant les "Samaritains", issus d'hommes juifs et de femmes de ces populations étrangères. Les Juifs du royaume de Juda, eux, furent les seuls Juifs à pouvoir rentrer sur la Terre Promise après leur déportation à Babylone. Le roi perse Cyrus les autorisa à rentrer vers 539 avt. J.-C., et vers 518 ils avaient reconstruit le Temple et Israël était devenu un sous-district d'une satrapie perse (et la Torah commençant d'être rédigée à l'époque). Ces seuls Juifs revenus d'exil considérèrent toujouurs les Samaritains -quoique ceux-ci aient continué de pratiquer des coutumes juives- comme des Juifs. Depuis cette époque, s'est perpétuée l'idée des "dix tribus perdues d'Israël" -que les tribus déportées par les Assyriens s'étaient perdues dans les méandres de l'Histoire. Lorsqu'Alexandre le Grand eut conquis les anciens empires du Moyen-Orient, Israël fut contrôlé par les unes ou les autres des dynasties qui furent ses successeurs -les Séleucides de Syrie ou les Ptolémées d'Egypte, les Ptolémées hellénisant les Juifs. Ce peuple juif d'Israël tendit à ne plus respecter la division en tribus et à devenir un peuple unifié. Le royaume asmonéen (164-63 avt. J.-C.), fondé par l'un des Macchabées, n'eut qu'à peine le temps d'exister avant qu'Israël ne tombe entre les mains des Romains, la nouvelle puissance en Méditerranée et qui, comme Alexandre, venait conquérir l'Orient. L'étape essentielle de l'histoire juive fut ensuite la survenance de Jésus-Christ, qui, vers l'an 0, proclama qu'il était le Messie attendu par les Juifs. Les combats contre la prépondérance des Romains amena finalement, en 69-70 de notre ère, que ceux-ci occupèrent définitivement la Judée et détruisirent le Temple de Jérusalem -656 ans jour pour jour après la première destruction de 587 avt. J.-C. Une dernière révolte fut écrasée en 132 et la région, depuis, fut connue sous le nom de Palestine
L'évolution de la religion juive
La destruction des deux royaumes juifs avait amené une première diaspora. Des Juifs, soit esclaves, soit fuyant, s'installèrent dans divers pays ou régions, tels l'Iran, la Mésopotamie, l'Asie Mineure, la Syrie, l'Egypte ou le Yémen. Ainsi, une forme de culture juive s'y développa ainsi même, à la période hellénistique, qu'une forme de prosélytisme. La deuxième destruction du Temple, par les Romains, amena une deuxième -et, cette fois, définitive- diaspora du peuple juif. Certains devinrent esclaves à Rome; d'autres fuirent vers les communautés créées lors de la première diaspora et d'autres restèrent en Judée
Le "Tanakh", jusque là, avait été la seule source de la religion juive. Le Tanakh comprenait la Torah -la compilation écrite des lois données à Moïse sur le Sinaï- les textes des Prophètes et d'autres écrits. Ces textes fondamentaux du judaïsme furent standardisés entre 200 et 100 avt. J.-C. L'une des conséquences de la première diaspora, surtout sous la forme du judaïsme hellénistique, avait été que les Juifs étaient passés de leur conception d'un Dieu unique à celle de leur religion comme contenant des vérités universelles
Un rabbin, Yochanan ben Zakai, après la chute de Jérusalem et la destruction du Temple par les Romains, se vit accorder, ainsi qu'au Sanhédrin, le droit de s'intaller en Palestine, à Yavneh. Le Sanhédrin, jusqu'à ce qu'il fut dispersé, en 420, par les Romains, devint l'organe de gouvernement et l'organe religieux des Juifs. Les rabbins, alors, élaborèrent les autres sources fondamentales du judaïsme, la source de celles-ci n'étant plus l'inspiration divine mais humaine: les synagogues et les écoles rabbiniques (les "midrash") étaient nées pendant l'exil à Babylone et elles avaient continué d'exister ensuite. Ces sources nouvelles, de la Diaspora, sont dites "judaïsme rabbinique". Chaque communauté de la Diaspora avait son rabbin, son chef religieux. Le judaïsme passa ainsi de l'époque où il était centré sur le Temple à celle où il le devint sur l'enseignement des rabbins. On notera -un point d'histoire très intéressant- que les rabbins de la Diaspora ne sont autres que les célèbres Pharisiens, l'un des "partis" juifs de l'époque du Christ. Les Pharisiens, en effet, comme les Sadducéens apparurent dans l'histoire juive lors du retour de Babylonie. Les Sadducéens étaient devenus le parti des prêtres du Temple et des élites mais leur légitimité était constestée dans la mesure ou le retour de l'Exil avait été permis, finalement, par les Perses, un pouvoir étranger. C'est au temps de la monarchie des Macchabées que plusieurs partis apparurent, qui contestèrent les Sadducéens. Les Pharisiens tiraient leur origine des scribes et des sages qui, au moment du retour en Israël, commencèrent de mettre par écrit les textes sacrés et qui étaient chargés de la lecture publique de la Torah. Les Pharisiens étaient fortement conservateurs, s'opposant à toute forme d'assimilation à une culture étrangère quelconque. Les Esséniens, eux, s'opposaient aussi bien aux prêtres des Macchabées qu'à ceux que nommaient les Séleucides et ils refusaient le Deuxième Temple, celui qui avait été rebâti lors du retour de l'Exil. Ce fut l'opposition entre Sadducéens et Pharisiens qui permit la conquête romaine. Les deux partis, sous la domination romaine, continuèrent de s'opposer alors que des radicaux -les Zélotes- organisèrent des révoltes. Les Pharisiens finirent par se tourner essentiellement vers l'étude de la Loi et se rapprochèrent des Esséniens -particulièrement en ce qui concernait leur peu d'intérêt pour le deuxième Temple. Les Sadducéens, eux, furent évincés de leur rôle sacerdotale et du pouvoir. On ne sait pas exactement si Jésus-Christ s'opposa réellement aux Pharisiens ou si cette opposition fut une construction intellectuelle, réalisée après coup. Une fois le Temple détruit par Titus en 70, les Sadducéens disparurent -puisque leur pouvoir était lié au Temple. Ainsi, aussi, les Esséniens -leur enseignement était devenu trop éloigné des réalités du moment. Seuls les Pharisiens survécurent. Ils devinrent les rabbins, dont les enseignements devinrent le centre de la religion juive, prenant ainsi la place du Temple
L'impact du rôle nouveau des Pharisiens devenus rabbins, sous la forme de leurs enseignements, amenèrent la rédaction de deux sources supplémentaires du judaïsme: la "Mishna" -vers 200 de notre ère- et la "Gemara", vers 500, les deux constituant le "Talmud". La Mishna se fondait sur l'idée qu'à côté de la Torah, les anciennes époques juives avaient connu une tradition orale, que contrôlaient les érudits et les chefs religieux et qui avait passé de génération en génération. Cette tradition interprétait les lois de Moïse -particulièrement la Loi donnée pour la seconde fois à Moïse sur le Sinaï. La Mishna devint un ensemble de règles pertinentes à la vie juive pratique telles l'agriculture, les rites religieux, le mariage ou les lois civiles et pénales. Elle fut mise en forme vers 200 de notre ère, en Judée. La Gemara prit la suite. La Gemara était les commentaires et les analyses de la Mishna que faisaient les rabbins des communautés de Babylone et de Palestine. Les conclusions de la Gemara se présentent sous la forme de dialogues contradictoires. Les deux sources nouvelles, la Mishna et la Gemara, finirent par être incluses dans le Talmud. Le Talmud, composé de nombreux volumes, existe en deux versions. L'une apparut au cours du IVème siècle en Palestine, l'autre vers 500 en Babylonie. Ce fut la version babylonienne qui devint l'ouvrage de référence chez les Juifs du fait, qu'après 500, les Juifs de Palestine entrèrent en déclin. Ce furent des "sages" juifs qui le mirent en forme finale en Perse
Le Talmud, enfin, fut commenté, à son tour, entre vers 800 et l'an mil -l'"ère des Gueonim". Les "Gueonim", ou "Gaonim", ou "talmudistes", sont les deux chefs religieux de la région qui succédèrent aux "sages" qui avait rédigé le Talmud. Pratiquement, les Gueonim étaient les directeurs des deux grands collèges rabbiniques de Babylonie. Ils continuèrent, tout simplement, le travail d'érudition qui avait commencé avant eux, élaborant, d'abord, des "responsa" -des réponses aux questions sur des points de doctrine qui venaient des communautés voisines- puis, après la deuxième moitié du IXème siècle, des essais -en réponse, cette fois, à des communautés plus éloignées et qui étaient moins familières du Talmud. Ensuite, l'art d'interpréter le Talmud passa définitivement en Occident ainsi que l'avait fait, dès le Haut Moyen-Age, le centre du judaïsme. Au moment où les Gueonim apparurent, c'était l'"Exilarque" qui assurait le pouvoir séculier sur les Juifs qui vivaient dans les terres des Musulmans. Les deux Gueonim acquérèrent leur indépendance de celui-ci -qui les nommaient- car les écoles de Babylone furent incorporées dans la sphère d'influence du monde arabe -principalement de celle de la dynastie abasside; ce sont les banquiers de la cour abasside qui soutinrent l'indépendance des Gueonim. Pour ce qui est de leur influence, les Gueonim de Babylonie rayonnaient essentiellement sur une grande partie du Moyen-Orient. La Palestine, la Syrie, le Liban et l'Egypte, eux, dépendaient de l'école de Palestine. Les communautés juives d'Afrique du Nord et d'Espagne, elles, n'avaient pas d'écoles rabbiniques propres, d'où qu'elles se reposaient sur les interprétations du Talmud à la fois sur l'école de Palestine et sur celles des Gueonim (ce qui, d'ailleurs, accrut le conflit entre l'école de Palestine et celles des Gueonim; les Gueonim finirent enfin, au Xème siècle, par l'emporter définitivement sur l'école de Palestiine). Les Gueonim, marginalement, jouèrent un rôle également dans les débats avec le "Karaïsme". Le Karaïsme est un courant du judaïsme, qui se développa fortement entre le VIIIème et le XIème siècles; ils concernait, pense-t'on, près de 40% des Juifs de l'époque et il s'opposait au judaïsme rabbinique -essentiellement en refusant l'autorité du Talmud. Cette opposition nette se faisait surtout sentir en Europe; dans le monde musulman, bien que les Karaïtes refusaient aussi le Talmud, leurs pratiques restaient proche -voire identique- de celles des Juifs "orthodoxes". Au cours du Xème siècle, en Espagne, les Karaïtes devinrent une force avec laquelle il fallait compter. Le Karaïsme dut son importance aux positions sociales fortes auxquelles ses adeptes purent accéder (collecteurs d'impôts, médecins, fonctionnaires). On sait maintenant que le Karaïsme se reliait, pour ce qui est de la pensée, à Philon d'Alexandrie. L'ère des Gueonim, enfin, finit par entrer en déclin, déclin qui fut lié à celui de la dynastie abasside, au tournant de l'an mil
Le statut des Juifs après la Diaspora
Pendant les premiers siècles qui suivirent la destruction du Temple, la diapora juive se sépara essentiellement entre les Juifs qui s'étaient installés en Mésopotamie -jouissant d'un statut agréable- et ceux qui faisaient partie de l'Empire romain -où, dans certains endroits, ils n'avaient fait que rejoindre des communautés de convertis au judaïsme datant de la première diaspora, comme en Asie Mineure ou en Egypte. Ces Juifs de l'Empire romain furent essentiellement mal traités du fait de leur religion et de leurs coutumes. Des communautés juives existaient même en-dehors de l'Empire romain, ainsi en Europe du Nord ou de l'Est, en Afrique centrale (!) ou en Asie du sud-ouest. C'étaient les rabbins qui géraient les communautés au quotidien, les lois du pays où ils se trouvaient assumant le reste. Rome, sous l'empereur Antonin, passa à une attitude plus aimable, vers 150 de notre ère. A l'aube de la reconnaissance du christianisme à Rome, on estime que les Juifs représentaient le nombre important de 10% de la population de l'empire -qui s'élevait à 50 millions d'habitants. Cela était dû, pour partie, aux conversions. Le statut des Juifs prit un autre tour lorsque le christianisme fut admis dans l'empire puis en devint la seule religion. Les Chrétiens et les Juifs étaient en mauvais termes depuis l'époque du Christ: les Juifs avaient finalement décidé sa mort et, ensuite, ils avaient persécuté les premières communautés chrétiennes. Lorsque les Chrétiens obtinrent la suprématie à Rome, on assista à un rapide développement des écrits anti-Juifs, chez les Pères et les autres auteurs de l'Eglise et cela dura jusqu'au VIIème siècle. On passait, dans l'Empire romain, d'un refus des Juifs de type ethnique à un refus de type seulement théologique. Une législation restrictive, par ailleurs, avait été prise dès le règne de Constantin le Grand. Elle connut une forme de répit sous le règne rapide de Julien l'Apostat, vers 360. Les Invasions Germaniques, au Vème siècle, apportèrent une forme de répit aux Juifs. Les Germains, en effet, avaient passé à l'arianisme -une hérésie- qui était beaucoup plus tolérant. Dans l'Est de l'Empire romain, bien que moins nombreux qu'au temps de l'unité de l'empire, les Juifs continuèrent d'être fortement présents mais leur statut -et leur influence- fut fortement dévalorisé: la politique officielle de Constantinople était de les convertir et l'empereur Théodose finit même par les persécuter, de façon officielle, vers l'an 400. Cette politique de ségrégation continua par la suite. Elle eut comme conséquence qu'au moment de la conquête arabe, un grand nombre de Juifs s'enfuirent vers les territoires occupés par les Arabes, préférant la discrimination plus douce de ces derniers. En Occident, chaque fois qu'un royaume quittait l'hérésie arienne pour revenir au vrai catholicisme -chez les Francs, les Burgondes ou les Wisigoths- le statut des Juifs empira. On peut peut-être ainsi expliquer que les Juifs d'Espagne, comme ceux de Byzance, ait accueilli voire aidé l'invasion musulmane, en 711. Les Arabes, en effet, leur donnaient un statut plus favorable -même si, par ailleurs, tous les Juifs avaient été expulsés de la péninsule arabique. C'est à l'époque carolingienne, que, dans l'Espagne musulmane, eut lieu l'"Age d'Or juif", qui dura de 900 à 1090. La communauté juive étant la plus riche, la plus nombreuse et la plus influente alors, on vit fleurir les poètes, les érudits les savants, les hommes politiques et les philosophes juifs. Les Juifs, au moment de l'invasion, représentait 8% de la population. Entre 700 et 1250, c'était dans l'Espagne sarrasine et le monde arabe -de l'Afrique du Nord à la Palestine, l'Irak et le Yémen- que les Juifs étaient les plus nombreux. Ils y bénéficiaient -sauf des périodes sporadiques de persécution- d'un statut favorable et de tolérance. Les Juifs se scindèrent en deux branches, les "Ashkénazes" -ce qui signifie "Allemand" en hébreu- et les "Sépharades" -qui veut dire "Espagnol" ou "Ibérique". Les premiers étaient venus de Palestine en Italie aux Ier et IIème siècle, puis avaient migré de là dans le Sud de l'Allemagne aux VIIème et VIIIème siècles, atteignant ensuite l'Europe centrale et orientale. Les seconds étaient les Juifs d'Espagne. Les Juifs installés dans le monde arabe -hors l'Espagne- descendaient des communautés anciennes qui se trouvaient dans ces régions, comme en Egypte, en Perse, au Yémen ou en Syrie, ou encore chez les Berbères d'Afrique du Nord. De façon anecdotique, les Khazars, un peuple turc, dans le Caucase du Nord, se convertirent au judaïsme aux VIIème et VIIIème siècles, finissant par disparaître à l'époque des Russes de Kiev. Au VIème siècle, il y avait 43 communautés juives en Palestine. On trouvait aussi des Juifs en Afrique du centre et en Afrique australe, en Ethiopie alors que des marchands juifs se trouvaient en Chine à l'époque de la dynastie Tang
Le statut des Juifs à l'époque carolingienne
Les débuts carolingiens commencent, pour les Juifs, par une différence des attitudes entre la population, le clergé et les autorités. Il semble que les populations, comme, par exemple, en Espagne à la même époque, pratiquent une forme de coexistence entre communautés, qui mène à des conversions de part et d'autre même si les Juifs -leurs autorités?- restent plus rétifs à celles-ci. Les Juifs semblent légèrement plus insérés dans la masse de la population (noms locaux, langue vulgaire -même à la synagogue, activités variées et non limitées au commerce). Les clercs sont nettement antisémites, par théologie: les Juifs, pour assurer leur judaïté, ont vocation à se convertir. Des prédications ont une influence nette sur les enfants et les esclaves païens des communautés juives. Des accusations récurrentes de vols d'enfants et de ventes de chrétiens aux Arabes d'Espagne ont lieu. Agobard, l'évêque de Lyon, est le plus célèbre de ces clercs hostiles aux Juifs. Les Carolingiens eux-mêmes, le pouvoir politique, ont une attitude relativement bienveillante qui préserve l'identité des Juifs. Il est certain que les conceptions générales des Carolingiens -un Empire peuplé de peuples divers régis, sur le plan interne, par leurs propres lois- font que les Juifs sont considérés comme un de ces peuples parmi d'autres. Un officier carolingien spécial, le "magister judeorum", est une sorte de porte-parole de la communauté; il est mentionné pour la première fois sous Louis le Pieux. Les Juifs, comme les autres peuples, sont présents au couronnement et au sacre, participant aux acclamations rituelles -dans ce cas en hébreu et en syriaque- avec les autres Orientaux présents. Les Juifs sont exclus des fonctions officielles dans l'Empire. A ce climat d'une première période carolingienne, succède celui du IXème siècle. Les désordres et les menaces se développant, les Juifs commencent, vers 840, d'être accusés d'avoir livré des villes aux Normands ou aux Arabes voire un médecin d'avoir empoisonné Charles le Chauve, en 877. Une affaire célèbre, celle d'un Alaman du palais, Bodo, qui se convertit au judaïsme, dénonce de soit-disant mauvaises moeurs des clercs catholiques et fuit en Espagne musulmane où il incite à la conversion forcée, à l'Islam ou au judaïsme, des chrétiens, montre, d'une part, l'influence juive à proximité de la Cour, et, d'autre part, l'affaire développe une animosité contre les Juifs. Les conciles commencent de prendre des mesures: répression du prosélytisme, pas de promiscuité, interdictions d'emploi, d'avoir des esclaves chrétiens, de commercer les esclaves en général, confinement chez eux lors de la Semaine Sainte, pas de nouvelles synagogues, etc. Et cela se retrouve -jusque même à une possible expulsion générale des Juifs d'Italie- dans les royaumes qui naissent du déclin de l'Empire. Le déclin du pouvoir permet ainsi à l'antisémitisme des clercs de s'exprimer. Il s'agit d'un antisémitisme "théologique": les conflits de Jésus avec les Juifs de son époque sont mis en relief et les Juifs de l'époque indisposent l'Eglise car ils ne veulent pas se convertir. Charles le Simple, vers l'an 900, confisquera les biens des Juifs de Narbonne et les donnera à l'Eglise. Aix-la-Chapelle, Bordeaux, Worms, Soissons, Augsbourg, Pavie, Ravenne ont des communautés juives alors que le sud-ouest et le sud-est de la Gaule et la vallée du Rhône (Lyon, Châlon-sur-Saône, Mâcon, vienne, Arles, Narbonne) sont là où les Juifs sont les plus nombreux. Dans cet apparemment antagonisme entre une relative tolérance des gouvernants carolingiens et un antisémitisme d'Eglise, les sources ne sont pas claires, pour ce qui est de la seconde attitude, sur le point de savoir si par "Eglise", il faut entendre seulement l'Eglise franque, ou l'Eglise en général, avec approbation de Rome
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