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L'école de Jarrow L'école d'Iona Mysticisme contre prudence germanique |
Mysticisme contre prudence germaniquePendant un temps, après la chute de Rome, les écoles romaines de Gaule (Autun, Lyon, Bordeaux) continuèrent de fonctionner, encouragées par l'effort des monastères de Cassien, dans le Sud avec leur influence venue des moines de l'Orient. Cependant, tout une partie de cet effort de transmission de la pensée antique, qui sous-tendait une volonté, pour certains érudits, de maintenir une forme de supériorité de Rome face aux Germains- finit par s'atténuer et la culture par décliner. Seules les écoles des cathédrales (Arles, Reims), par exemple, en Gaule, maintinrent les traditions antiques mais essentiellement dans la perspective des besoins de l'Eglise et Martianus Capella était leur auteur favori. D'autres auteurs, ailleurs, avaient eux aussi maintenu la tradition de la culture antique: Boëce était un commentateur et un interprétateur d'Aristote, approfondissant, à la fin de l'époque romaine, l'art du raisonnement et, ainsi, fondateur lointain de la scholastique. Cassiodore, lui, comprendra qu'il ne suffit plus aux intellectuels comme Boëce de vivre en vase clos et d'avoir la nostalgie de la culture antique mais qu'il fallait apporter la culture aux Barbares (ou la ré-apporter aux Romains devenus ignorants), par le biais des monastères et des livres. Cassiodore forma, finalement, un recueil complet des connaissances de l'Antiquité, des sept arts libéraux, empruntant la forme de ses ouvrages à Philon, Boëce et Capella. En grammaire, il résuma Donat. Sa rhétorique vient en partie de Cicéron, sa dialectique de Varron et Boëce. Ses mathématiques viennent du grec Nicomaque et de traductions d'Apulée et Boëce. Sa musique se réfère à Gaudence, traduit par Mucien et au "Contra Paganos' de Clément d'Alexandrie. En astronomie il se réfère à Boëce et en géométrie Varron, Censorinus et Euclide traduits par Boëce. Tout cela était présenté de façon simple à comprendre et à apprendre par coeur. Cassiodore, en faisant la culture antique simple, lui permet d'être transmise aux "Barbares". Isidore de Séville, finalement, lui, dans son encyclopédie, les "Etymologies", reprendra Cassiodore, pour l'essentiel, n'ajoutant que quelques idées personnelles. Le déclin de la culture sur le continent, ou ces efforts sporadiques qui y étaient menés firent que le lieu de la culture passa à l'Irlande. St Patrick, ainsi, avait été formé à Leirins et donc à l'influence de l'Est. L'île celte, emplie de tradition druidique, accueillit essentiellement le christianisme en tant qu'exaltation de l'esprit, ce qui correspondait à ce mysticisme druidique. Le catholicisme irlandais et les érudits d'Irlande se rapportèrent avant tout à St Jean, le plus mystique des quatre Evangélistes, ce qui mena à une activité intellectuelle élevée et à des audaces intellectuelles venues des druides celtes (les érudits irlandais côtoyèrent des auteurs platoniciens trop peu compatibles avec le catholicisme -ainsi Martianus Capella et sa proximité d'avec les anciens mystères d'Egypte, le symbolisme et la science mystérieuse du paganisme antique). Ce catholicisme mystique engendra aussi, sur le plan de la vie monastique, des pratiques ascétiques fortes. De l'Irlande partir un fort mouvement missionnaire -chez les Pictes d'Ecosse puis en Angleterre avec St Colomba et ses disciples; sur le continent avec St Colomban Fortement présents en Angleterre, les missionnaires irlandais, cependant, laissèrent peu à peu la place aux gens de Rome, venus de Canterbury. Les débats, d'ailleurs, n'avaient pas porté que sur l'érudition et ses sources mais aussi sur des questions strictement religieuses telles la façon de se tonsurer ou la date de Pâques. Le départ des Irlandais qui en résulta risquait de laisser l'Angleterre anglo-saxonne sans maîtres en érudition. Mais leur départ fut cependant rapidement compensé par l'envoi par le pape de Théodore de Tarse et son élève Albin -qui allaient donner Bède le Vénérable. L'Irlande, elle, se referma sur elle-même. Ces deux cultures -celle d'Irlande, très druidique et très mystique- et celle d'Angleterre -très romaine et très centralisée- continuèrent de coexister, l'Angleterre des Anglo-Saxons devenant le nouveau réservoir des missions vers le continent. L'époque carolingienne verra resurgir cette opposition entre la culture anglaise et la culture irlandaise. C'est d'Angleterre que viendra Alcuin. C'est à l'Irlande que se référera Scot Erigène. Ainsi, l'influence irlandaise continuait d'être celle de Martianus Capella et des audaces venues des druides de l'île -ce qui aboutira aux démêlés d'Erigène avec l'Eglise, qui lui reprochera de trop fréquenter Martianus Capella et ses conceptions panthéistes et cotoyant le paganisme antique, malgré son platonisme. L'influence anglaise, par Alcuin, sera celle de Bède le Vénérable, une approche finalement germanique et prudente de la connaissance. Bède se référait à Cassiodore et à Isidore de Séville, surtout. La bibliothèque d'York, d'où venait Alcuin, contenait, pour les Pères, St Jérôme, St Hilaire, St Ambroise, St Augustin, Athanase, Orose, Grégoire le Grand, Léon, St Basile, St Fulgence, Cassiodore, Jean Chrysostome; pour les penseurs contemporains: Althelme, Bède, Victorin, Boëce. Pour les historiens latins: Pompée, Pline. Aussi, Aristote et Cicéron. Pour la poésie: Sédulius, Juvencus, Alcime, Clément, Prosper, Paulin, Arator, Fortunat, Lactance, Virgile, Stace, Lucain. Pour la grammaire: Probus, Phocas, Donat, Priscien, Servius, Euticius, Pompée, Comminien. Les écrivains les plus appréciés des Anglo-Saxons étaient Boëce, Cassiodore, Isidore de Séville et Bède, c'est à dire les maîtres -de tradition latine- par qui la culture de l'Antiquité avait été transmises jusqu'à l'époque d'Alcuin
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