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Le peuplement de l'Europe. La théorie indo-européenne

La théorie indo-européenne

La question indo-européenne est l'une des théories-clés pour expliquer le peuplement de l'Europe. Se fondant sur les similarités linguistiques entre les langues d'Europe, on a imaginé que les peuples européens pouvaient avoir une origine commune. Origine qui fut qualifiée d'indo-européenne. Quel est l'état actuel de la question?

Ce sont désormais les thèses de Marija Gimbutas (1921-1994), archéologue américaine d'origine lithuanienne, qui prévalent. En combinant la recherche archéologique, la linguistique et la mythologie, Marija Gimbutas est arrivée à cette conclusion que l'on pouvait réellement trouver un foyer originel aux différents peuples européens. Ce foyer apparaît dans l'histoire vers 4500/4000 avt. J.-C. dans le cadre de trois cultures localisées au nord de la mer d'Azov et centrées sur le Dniepr et le Don ou la moyenne Volga: la culture de Sredny Stog (entre 4500 et 3500 avt. J.-C.), centrée au nord de la mer d'Azov, entre Dniepr et Don, celle du Dniepr-Don (Vème-IVème millénaires avt. J.-C.), occupant une aire vaste au nord de la mer d'Azov, sur le Dniepr et le Don, et la culture de Samara (début du Vème millénaire avt. J.-C.), sur la moyenne Volga. Ces civilisations étaient agricoles ou en passe de l'être et deux d'entre elles avaient domestiqué le cheval

Comment se situent ces peuples d'origine des peuples d'Europe dans l'histoire d'alors? En 4500 avt. J.-C., nous sommes à la fin du Néolithique, stricto sensu, c'est à dire, cet âge qui s'étend de 9000 à 4500 avt. J.-C. au cours duquel apparaît et se développe l'agriculture, faisant passer l'humanité, dans toutes les régions du monde, de l'ère des derniers hommes préhistoriques (le Mésolithique) à celle de la civilisation moderne. Le Néolithique a essaimé à partir de quelques foyers d'origine (le Croissant Fertile, l'Indus et le Fleuve Jaune, pour l'Eurasie). Par la plus grande aptitude au développement démographique de ses peuples par rapport aux populations d'"hommes anciens", les chasseurs-cueilleurs des derniers âges de la préhistoire, il put facilement s'implanter. L'Egypte ou Sumer, à l'époque de ces civilisations indo-européennes, n'existent pas encore. Une vue générale des civilisations de l'époque est que les civilisations du Dniepr-Don ont, loin sur leur sud-est, les civilisations premières de l'Anatolie, du Proche-Orient et de la Mésopotamie et, sur leur sud-ouest et leur Ouest, les civilisations premières de l'Europe (civilisations de la poterie linéaire occidentale et orientale en Europe centrale (ou culture danubienne; civilisation de la poterie à cardes de l'Europe méditerranéenne; civilisations mégalithiques des côtes de l'Ouest européen) où la révolution néolithique a été apportée, de l'Est vers un millénaire auparavant. A leur Nord, ces peuples du Dniepr-Don ont, dans l'immensité du Nord russe, la civilisation de la poterie-céramique à peigne. En 4500, nous sommes également aux tout débuts du Chalcolithique, ou âge du cuivre, où l'on voit apparaître, en concurrence avec les seuls outils de pierre, les premiers outils de métal

Ces civilisations indo-européennes originelles évoluèrent, par le biais de la culture dite de Khvalynsk (1ère moitié du Vème millénaire), qui s'étendait de la moyenne Volga au Caucase et de la mer d'Azov à l'Oural, en la culture de Yamna qui, de 3500 à 2200 avt. J.-C., va représenter l'élément fondamental de l'histoire de l'Europe. La culture de Yamna -ou culture des tombes ocres- est celle d'un peuple nomade, des débuts de l'âge du bronze, qui pratique occasionnellement l'agriculture près des rivières ou de fortins. Ce peuple est aussi dit peuple des Kurgans car il enterre ses morts dans des "kurgans", des tumulus avec une tombe en puits. La culture de Yamna, à l'origine, se situe sur une aire allant des côtes nord de la Roumanie à la basse Volga, en passant par les régions du nord de la mer d'Azov. Elle se complète, dans le Caucase du Nord, par la culture de Maykop qui semble former un lien entre le monde indo-européen de la steppe et le monde sémite du Proche-Orient. Atteignant son apogée vers 3250 avt. J.-C., la culture de Yamna -qui est une culture du bétail, du cheval, des chariots de guerre et d'une agriculture encore localisée- entre en contact, à l'Ouest, avec les cultures européennes du Néolithique, où se développent deux cultures vassales: la culture des amphores globulaires (de Hambourg au nord-ouest de l'Ukraine) et la culture de Baden (actuelles Autriche et Hongrie). Il semble également que la culture indo-européenne de Yamna ait "ingéré" la vaste zone culturelle de la culture de la poterie cordée (ou culture des haches de guerre) qui s'étendait dans la vaste plaine nord-européenne. Cette approche de ces cultures voisines par la culture de Yamna semble avoir trouvé son origine dans la culture de Maykop qui aurait ainsi renouvelé la culture de Yamna. Cela expliquerait que, vers 3000/2500 avt. J.-C., la zone de la poterie cordée au Nord et la culture de Yamna, au Sud (s'étant alors étendue longitudinalement) forme un bloc indo-européen. C'est ce bloc qui, à partir de 2500/2000 avt. J.-C., se dissocie et donne progressivement naissance aux peuples européens postérieurs, c'est à dire les peuples actuels: Celtes, Germains, Baltes, Slaves, Grecs anciens, Italiques, Hittites. Dans la partie est de l'aire culturelle, ce sont les cultures parentes des Iraniens et des Indo-Aryens (les premiers habitants de l'Inde, venant de Bactriane) qui apparaissent. Tous ces peuples sont des peuples qui avancent dans l'âge du bronze puis entrent progressivement dans l'âge du fer. Un point de vue complémentaire, qui explicite plus avant le changement culturel apporté en Europe par ces peuples nouveaux, est que les peuples néolithiques d'avant l'arrivée du peuple des Kurgans et de la poterie cordée étaient de type matriarcal, avec des déesses-mères et des sociétés matriarco-centrées et égalitaires. Les Indo-européens, au contraire, amenaient une conception patriarcale et des sociétés guerrières et encore semi-nomades

Nuances

Pour l'anecdote, on notera qu'il se pourrait que l'épisode du Déluge, qu'historiquement on situe vers 5600 avt. J.-C., pourrait avoir été connu des ancêtres de la culture de Sredny Stog. C'est le Déluge qui aurait créé la mer Noire et la mer d'Azov

Un autre archéologue, anglais, Colin Renfrew, lui, est partisan de l'idée que les peuples européens -via la langue indo-européenne là aussi- sont originaires d'Anatolie, vers 7000 avt. J.-C. Ce sont des peuples agriculteurs de cette région qui apportèrent la révolution néolithique aux anciens peuples d'Europe. Cette théorie se rattache cependant au principal courant des études indo-européennes en ce sens qu'elle estime que ces peuples d'Anatolie résulterait d'une séparation entre plusieurs peuples parlant l'indo-européen. Renfrew a développée ses idées encore plus avant et pense désormais que les populations venues d'Anatolie et apportant l'agriculture aurait également apporté l'essentiel de la langue d'Europe. Cette théorie rompt avec la théorie indo-européenne et pense que les principaux groupes de langue mondiaux, dont l'indo-européen, trouvent leur origine au Proche-Orient, là où s'est développée l'agriculture -ce qui peut sembler logique. Mais cette théorie était beaucoup en vigueur en Union soviétique et elle est peu acceptée en linguistique

Beaucoup plus pertinentes, par ailleurs, semblent les plus récentes études de paléo-génétique. L'étude des gênes des populations anciennes de l'Europe montre qu'un fort pourcentage des gênes actuels des Européens -80%- datent du Paléolithique (l'ère qui précède le Mésolithique et le Néolitique), que 20% sont liés à l'arrivée de peuples de la révolution agricole, et que 11% viennent de la steppe pontique. Cette analyse, d'une part, montre bien la permanence du peuplement de l'Europe: 80% de vos voisins sont directement descendants des derniers hommes préhistoriques, des chasseurs-cueilleurs; 20% sont des agriculteurs venus d'Anatolie; et 11% sont des guerriers indo-européens semi-nomades des steppes de Russie du sud. Elle montre aussi que l'hypothèse de Renfrew aussi bien que celle de l'invasion indo-européenne en provenance des steppes de la mer d'Azov sont fondées. Elle ne permet pas cependant de régler la question de savoir si les 20% de la population qui vient d'Anatolie parlaient, ou pas, l'indo-européen

Terminons, enfin, par rappeler que des dérives nationalistes liées à la question indo-européenne ont eu lieu, la principale étant le mouvement qui appartient au national-socialisme allemand et qui fait des Germains, des "Aryens", une sorte de race supérieure et archétypale de la race indo-européenne