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Le Califat arabe
|  première sourate du Coran; calligraphie du XXème siècle | Le monde islamique ne touchait pas, sauf en Espagne, à l'Empire carolingien. Son poids dans l'histoire du Moyen-Orient en tant que principal contributeur à l'histoire de la région à partir de 630, son rôle en tant que centre d'origine théorique des dynasties d'Espagne ou d'Afrique du Nord, ou les bonnes relations que Charlemagne entretint avec Haroun-al-Raschid, en font un centre d'intérêt. Le calife était le "Commandeur des Croyants", un souverain à la fois religieux et politique, le descendant du Prophète
L'histoire de l'Islam commence dans la Péninsule Arabique, à La Mecque, avec Mahomet, le prophète et le fondateur de cette religion nouvelle. Mahomet naquit à La Mecque en 570, quelques semaines après la mort de son père. Il fut élevé par son grand-père qui, selon la coutume, le confia à une nourrice, chez les Bédouins. Lorsqu'il revint, le jeune garçon perdit successivement sa mère et son grand-père. Ce fut son oncle, Abou-Taleb, qui le prit en charge. Mahomet travaillait soit comme berger, soit il accompagnait son oncle lorsque celui-ci menait une caravane en Syrie. Mahomet finit par épouser une riche veuve, Khadidja, dont il était devenu l'agent commercial pour la Syrie. C'est lorsqu'il atteint l'âge de 40 ans que Mahomet commença de prêcher la foi nouvelle. Il rencontra bientôt l'hostilité des habitants de La Mecque car la religion nouvelle à laquelle il appelait remettait en question les revenus que la ville tirait de la Kabaa, ce sanctuaire païen. Mahomet fut obligé, en 622, de quitter La Mecque pour Médine (qui s'appelait alors Yathrib). Cela constitue l'"Hégire" (de l'arabe "hijra", "émigration") et devait devenir la première année du calendrier musulman. Après une série de batailles menées contre les Koraïshites, la tribu règnante de La Mecque, qui avaient reçu l'aide des tribus juives que Mahomet avait expulsées de Médine, La Mecque, en 630, finit par se rendre à Mahomet, qui venait assiéger la ville à la tête de 20,000 fidèles. Mahomet mourut très vite après, en 632
C'est Abou Bakr, le beau-père de Mahomet, qui devint son premier successeur (632-634), et le premier à porter le titre de "calife" -qui signifie "adjoint" (de Mahomet). Il devint le "commandeur des croyants". L'Islam, la religion nouvelle, était également un moyen d'unifier dans une même communauté religieuse et politique les tribus arabes et les Bédouins nomades. De plus, les deux puissances voisines du Nord, au Nord de l'Arabie, l'Empire byzantin et les Sassanides (une dynastie perse) étaient affaiblies et représentaient une proie tentante, se faisant continuellement la guerre et étant en plein déclin. Enfin, la ferveur religieuse et une population en expansion furent les autres raisons de la conquête arabe. Le début ponctuel des conquêtes fut ironiquement déclenché par l'affront que le souverain sassanide, Chosroès II, fit à un Arabe chrétien. Les Arabes et les Bédouins se révoltèrent. Chosroès fut vaincu et fut obligé de se réfugier auprès de l'empereur byzantin, Héraclius. Cette facile victoire fit une grande impression sur les tribus, et la conquête définitive du Moyen-Orient commença en 634. En l'espace remarquable de 8 ans, les armées arabes balayèrent la région, l'Egypte incluse, détruisant les Sassanides et évinçant les Byzantins. Encore 8 années, et les Arabes, en 650, atteignirent les confins de la mer d'Aral. Il n'y avait que 16 ans que les tribus arabes s'étaient mises en marche. Une marche aussi rapide s'explique certainement par le fait que l'art de la guerre des Arabes était adapté aux zones désertiques. Montant des chameaux, ils étaient auto-suffisants et ils n'avaient pas besoin de lignes de ravitaillement. Surgissant du désert, ils frappaient et, en cas d'échec, ils pouvaient s'y enfuir aussi rapidement. Aucune victoire décisive ne put être remportée par les Byzantins ni les Perses qui ne furent pas capables d'organiser des armées suffisamment nombreuses ni de pourvoir en garnisons les fortifications défensives. C'est le second calife, Omar (634-644) qui organisa l'administration des territoires conquis
Faute de territoires à conquérir, la conquête s'arrêta, sauf des initiatives privées en direction de l'Afrique du Nord. Cette pause fut sans doute à l'origine de querelles internes au monde arabe. La religion devint le moyen d'exprimer des mécontentements et les rébellions utilisèrent la religion pour s'exprimer. Cela, de plus, fut certainement lié au fait que ce fut sous le règne du troisième calife, Othman (644-656), que le Coran fut compilé, cette compilation ne s'étant peut-être pas faite sans dissensions. C'est pendant ces années, à la fin des années 660, qu'apparut l'expression la plus célèbre -et la plus importante en termes d'influence sur l'histoire du monde arabe- de telles querelles. Ce fut la fameuse sécession des partisans d'Ali, les Chiites. Le calife Othman fut confronté à l'opposition d'Ali (Ali ibn Abu Talib), le cousin de Mahomet et son beau-fils (il avait épousé Fatima, la fille du Prophète et seule survivante des enfants de celui-ci). Le piétisme d'Ali dénonçait des innovations qui étaient contraires aux directives du Coran. Ali devint le porte-parole des Bédouins qui s'étaient portés volontaires pour servir militairement pendant la conquête de l'Irak et de l'Egypte, et qui étaient mécontents des allocations de terres, de revenus et de pensions. C'étaient les Arabes de la Péninsule qui tiraient tous les fruits de la conquête. Les rebelles finirent par tuer Othman. Ali fut choisi calife. Muhawyah-ibn-Umayya, le gouverneur de Syrie, un parent d'Othman et un membre du lignage koreïshite du Prophète, partit de sa capitale Damas pour rencontrer les forces d'Ali. C'est alors que les plus extrêmes des partisans d'Ali, à leur tour, firent sécession. Ils refusaient l'arbitrage que celui-ci avait cherché alors que le sort des armes semblait lui devenir défavorable. Selon eux, combattre des rebelles devait se faire sans esprit de conciliation et la volonté d'Allah aurait, en définitive, été révélée par l'issue de la bataille. Ces dissidents de la bataille de la plaine de Siffin furent appelés les "Kharidjites" (du verbe "kharaja", partir). D'autre part, malgré un effort pour qu'une solution politique soit trouvée aux désordres, on n'aboutit à rien. Muhawyah fut proclamé calife par certains de ses partisans, et Ali fut assassiné par un Kharidjite en 661 à l'instigation de Muhawyah. Ce dernier, de plus, amena le fils aîné d'Ali, Hassan, à renoncer au califat. Tout cela amena les Chiites à reprendre le combat, alors que Muhawyah était proclamé calife, fondant la première -et célèbre- dynastie du monde arabe, les Omeyades. Ces musulmans furent considérés comme les fidèles orthodoxes de l'Islam, comme les "gens de la Sunna", les "Sunnites". La lutte avec les Chiites reprit quelque peu au cours de l'année 680, quand Yazid Ier, le fils et successeur de Muhawyah, dut écraser avec force un complot mené par Hussein, le second fils d'Ali. Hussein fut finalement tué à Kerbala (Irak actuel), cette même année, par les troupes omeyades. La tombe d'Ali, à Najaf, comme celle d'Hussein, à Kerbala, devinrent les lieux saints du chiisme et le restent encore aujourd'hui. L'autre conséquence du schisme fut que la capitale politique du monde islamique échappa définitivement à la Péninsule Arabique. Celle-ci ne conserva que La Mecque, le site du pélerinage que doivent effectuer tous les musulmans. Ali, dans un premier temps, avait choisit Kufa (actuel Irak) pour capitale. Et Muhawyah fit de Damas la capitale du monde arabe
Les Omeyades en revinrent à la conquête. C'est sous leur règne, parce qu'ils considéraient la Méditerranée comme un élément stratégique contre les Byzantins, que fut lancée la conquête de l'Afrique du Nord et de l'Espagne et que les troupes musulmanes furent arrêtées à Poitiers, en 732, par Charles Martel. Une marine fut construite dans les chantiers navals de Syrie (que les Byzantins avaient construits), et une armée professionnelle, loyale, ainsi qu'un gouvernement efficace furent mis en place. En 730, le monde arabe sous domination omeyade s'étendait de l'Espagne et du Maroc à l'Ouest, à Samarkand et Kaboul à l'Est, alors que Damas n'avait pas de rivale comme cité. Pendant les 89 ans que la dynastie omeyade dura, la prospérité et le commerce furent florissants et des Juifs et des Chrétiens cultivés -beaucoup d'entre eux des Grecs- furent employés à la cour califale, étudiant et pratiquant la médecine, l'alchimie et la philosophie. Les provinces irakiennes de l'empire, cependant, demeuraient le lieu de rébellions. Les populations, en effet, avaient été déçues que le centre du monde islamique et la capitale passent en Syrie
Finalement, dans les années 740, des rebelles irakiens et iraniens, installés au Khorazan, au nord-est de la Perse, organisèrent à Merv (aujourd'hui Mary, dans l'ex-URSS), un mouvement qui se rallia à Abd-el-Abbas, un descendant de l'oncle du Prophète, parent de la ligne chiite par Hachem, le grand-père de Mahomet. D'où que les Chiites soutinrent le mouvement. Abou Muslim, à la tête des ces "Hachémites", lança l'attaque contre les Omeyades en 747 et occupa l'Irak. 3 ans plus tard, Abd-el-Abbas, qui n'était pas lui-même un chiite, devint le premier calife d'une nouvelle dynastie, les Abbassides. Malgré le changement de souverains, et les Abassides proclamant qu'une ère nouvelle de justice et de prospérité allait advenir, le monde musulman continua sur la même ligne. La capitale, cependant, fut transférée à une ville qui fut nouvellement fondée par le deuxième calife abbasside et qui fut developpée par le troisième calife, Al Mansur (754-775). Bagdad, "Madinat-as-Salam", la "ville du Salut", populairement Bagdad, -"le jardin de Dat", un derviche musulman- devait rester la riche et brillante capitale de l'empire arabe pendant 5 siècles, par delà les Abbassides. Le Khorazan, lui, resta la province favorite des souverains de la dynastie, devenant le véritable centre du pouvoir. Cela eut comme conséquence que Bagdad, sous le règne des sept premiers califes, devint le lieu où se mélangèrent les cultures arabe et persane, atteignant un sommet, qui ne serait plus jamais atteint, de culture islamique. La ville, de plus, était un vaste emporium et un noeud de routes commerciales vers l'Asie et la Méditerranée. Bagdad, avec une population d'1 million d'habitants, n'était surpassé en taille que par Byzance (Aix-la-Chapelle, par comparaison, ne comptait que 10000 habitants). Une bonne gestion, par l'irrigation, de l'Euphrate et du Tigre fit que se développa une agriculture hautement productive dans la région. C'est Haroun-al-Raschid (786-806), le fameux calife des Mille et Une Nuits, qui était le calife abbasside à l'époque de Charlemagne. Il apportait déjà un soutien actif aux milieux littéraires, scientifiques et philosophiques, mais ce fut sous son fils, Al Mamoun (813-833), que l'apogée fut atteint. Cet apogée ne dura pas. D'une part, dès 756 en Espagne, en 788 au Maroc et en 800 en Tunisie, le pouvoir était passé à des dynasties locales qui avaient rompu avec les Abbassides. D'autre part, l'opposition entre les Chiites d'Iran et l'appartenance sunnite des Abbassides amena un déclin accéléré. Une guerre civile se déclara entre les deux fils d'Haroun-al-Raschid. Lorsqu'Al Mamoun occupa finalement le califat, il décida de maintenir la capitale à Bagdad pour ne pas, cette fois, décevoir les Chiites irakiens. Cela déclencha l'apparition d'une série de dynasties locales en Iran: les Tahirides (821-873), les Soufarides (967-vers 1495) et les Samanides (819-1005). L'Egypte, de son côté, rompit avec l'empire en 868 et, en 869-883, un état d'esclaves noirs, le "Zanj", fut fondé dans l'Irak du Sud et l'Iran du sud-ouest. La diversité du monde arabe était certes une force, mais c'était aussi une faiblesse; elle ajoutait d'autres raisons de dissensions à la division fondamentale entre Chiites et Sunnites. Enfin, le déclin des Abbassides fut accentué par le développement de l'influence des Turcs dans le califat arabe. Les Turcs étaient un peuple nomade d'Asie Centrale et de Transoxiane. Les califes abbassides les avaient enrôlés comme guerriers-esclaves (ce sont eux les fameux "Mamelouks") au début du IXème siècle. Mais, dès 833, ils avaient réussi à occuper les postes d'officiers libres et, du fait de leur efficacité au combat et que la guerre était leur seule occupation, ils en vinrent rapidement à occuper de hauts postes à la cour. Les commandants turcs, au Xème siècle, n'eurent plus de rivaux arabes ou iraniens et ils furent capables de faire et défaire les califes à leur guise. Le califat fut ainsi réduit à sa seule fonction religieuse, le calife ne servant qu'à légitimer religieusement le pouvoir détenu par les Mamelouks. Bagdad fut cependant encore occupée, de 945 à 1055, par une dynastie iranienne, les Bouahides. La dynastie abbasside ne retrouva jamais sa splendeur. En 1055, elle passa sous le contrôle des célèbres Seldjoukides, cet autre groupe de Turcs. Puis ce sera l'irruption non moins célèbre des hordes mongoles
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