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L'Amérique
L'Amérique ne put être connue des Carolingiens que du fait du mouvement vers l'Ouest des Vikings, à l'extrême fin de l'époque. D'autres sources cependant -bien que les historiens ne les considèrent pas comme fiables- laisseraient penser que les Amériques pourraient également avoir été atteintes, à l'époque, par des marins arabes
L'odyssée viking
L'Islande fut vraisemblablement découverte par des moines irlandais vers l'an 800. Elle fut peuplée, ensuite, au cours des IXème et Xème siècles, par des immigrants venu de Scandinavie. Ils amenaient également avec eux leurs esclaves celtes -irlandais ou écossais. Il est probable que ces Vikings se considérèrent comme les découvreurs de l'île. Les habitants en vinrent finalement, en 930, à fonder un parlement local, l'"Althing". L'institution leur permettait de se gouverner entre hommes libres et l'Islande n'eut pas de roi avant 1262. Une telle organisation, dans laquelle c'était le peuple même qui faisait appliquer les lois, cependant, favorisait les vendettas. Vers 960, Thorvald Asvaldsson, qui fuyait la Norvège parce qu'il y avait commis "des meurtres", s'installa en Islande. 20 ans plus tard -et nous sommes donc à la fin des temps carolingiens- son fils, Eric -ou Eric le Rouge- fut forcé, à son tour, de quitter l'Islande pour cause de meurtres. Un siècle auparavant -ou, plus précisément, au début du Xème siècle- Gunnbjörn Ulfsson, un Norvégien, alors qu'il faisait la traversée de Norvège à l'Islande, vit son bateau détourné par les vents vers l'Ouest. C'est ainsi qu'il vit de petites îles le long de la côte groënlandaise. Gunnbjörn et son équipage, cependant, n'abordèrent pas. Mais ils firent état de ce qu'ils avaient vu et ils appelèrent les îles "les îles de Gunnbjörn". Snaebjörn Galti, un Islandais, essaya, sans succès, de s'installer sur ces terres. Aussi, en 982, c'est cette direction de l'Ouest que prirent Eric le Rouge et ses partisans. Après un voyage de 800 km, ils finirent par atteindre ce qui est aujourd'hui le Groënland, ce vaste continent de glace et de fjords. Ils contournèrent la pointe sud et ils trouvèrent un emplacement propice à une installation humaine. Ils continuèrent aussi d'explorer les côtes. Une fois que la période de 3 ans au cours de laquelle Eric le Rouge était banni d'Islande fut terminée, les hommes revinrent en Islande. Ils y firent part de leurs découvertes. Ils vantèrent la terre nouvelle sous le nom de "terre verte" -"green land"- et des Islandais décidèrent finalement de repartir avec Eric et de s'installer dans les terres nouvellement découvertes. Ils y arrivèrent en 985. Deux colonies furent fondées, sur la côte ouest, et s'avérèrent être les seuls endroits réellement favorables à une installation. A cette époque, le Groënland était inhabité depuis à peu près 650 ans -les dernières cultures paléo-eskimos ayant disparu vers l'an 200 de notre ère. Les conditions de vie, au Groënland, étaient rudes et les Vikings, pendant l'été, reprenaient leurs navires et montaient au Nord pour chercher des sources complémentaires de viande et de matériau -des phoques et des baleines
Mais ce n'est pas tout! En 985, ou 986 -nous ne sommes donc plus qu'à un an de la fin de l'époque carolingienne- Bjarni Herjölfsson, un marchand, fit voile de l'Islande au Groënland où il comptait rendre visite à son père, qui venait d'y immigrer. Mais, comme la mésaventure qui était arrivée à Gunnbjörn Ulfsson, Bjarni Herjölfsson fut détourné de sa route par des vents et fut poussé vers l'Ouest. Cherchant leur route vers le Groënland, lui et son équipage virent une côte, avec des forêts et des collines basses. Et comme précédemment, ils n'abordèrent pas non plus. Ils virent encore d'autres côtes et, finalement, ils purent atteindre le Groënland. Ils y racontèrent leur aventure, ainsi, aussi, qu'en Norvège. Personne, alors, ne sembla y prêter attention. Eric le Rouge, pendant ce temps, avait fini par devenir le chef des peuples installés au Groënland. Et, vers 997 -nous ne sommes donc plus aux temps carolingiens- ce fut son fils, Leif Ericson -né en 980- qui revenait d'un voyage en Norvège pour évangéliser le Groënland, qui acheta le navire de Bjarni Herjölfsson et décida de partir à la recherche de ces terres nouvelles. Voyons donc -bien qu'en 997- ce qui arriva! Leif, au cours d'un premier voyage, vit bien, à l'Ouest, des terres nouvelles. Mais l'on était tard dans l'été et il ne voulut pas y hiberner. Il rentra donc au Groënland. Il avait cependant remarqué que les nouvelles côtes étaient riches en bois, un matériau rare pour les Groënlandais. Aussi, en l'an 1000, il monta une nouvelle expédition. Il découvrit, d'abord, ce qu'il appela le "Halluland" -probablement la terre de Bafin- une côte avec des rochers plats. Longeant la côte, il trouva ensuite le "Markland", une terre plate, avec des plages de sable blanc -probablement le Labrador. Enfin, continuant de faire voile, il arrivèrent en un endroit, empli de saumons et de sables blancs aussi, où le climat était doux, l'hiver tempéré et avec beaucoup de prés. Ils hibernèrent là. Un des hommes de Leif y trouva des grappes de vigne et ils appelèrent cette terre le "Vinland". Ils installèrent deux colonies dans l'endroit -car c'était le but de l'expédition- mais, l'année suivante, de durs conflits avec les habitants originels des lieux -avec lesquels ils avaient fini par entrer en contact- firent que Leif Ericson abandonna l'idée de s'installer. Une autre tentative, en 1010, échoua pour les mêmes raisons. Il semble bien, cependant, que les Groënlandais firent le voyage, chaque année, au Markland, pour y chercher du bois, et ce jusqu'au XIVème siècle. Il est également possible que d'autres voyages eurent lieu au Labrador et au Vinland. Des recherches archéologiques, menées dans les années 1950 et 1960, trouvèrent effectivement les restes d'un village viking à la pointe nord de Terre-Neuve. Tout cela fournit le matériel pour des sagas, ces histoires orales de l'histoire des Vikings en Scandinavie, Allemagne et Islande. Il est donc possible, pour en revenir aux Carolingiens, que l'Islande ait été bien connue ainsi que les découvertes du Groënland et des côtes de l'Amérique du Nord, particulièrement si l'on pense que Leif Ericson était chargé d'évangéliser le Groënland et que, par ce biais, les nouvelles aient pu circuler
La question des marins arabes
En dehors du cas des Vikings, tel qu'il vient d'être rapporté, il se trouve que des sources arabes semblent faire état du fait que des marins de l'"al-Andalus" -l'Espagne sous domination arabe- pourraient aussi avoir atteint les Amériques à l'époque carolingienne. Dans l'ouvrage "Murouj adh-dhahab oua maadin al-jaouhar" ("Les prés d'or et les mines de bijoux"), de l'historien et géographe arabe Ali al-Masudi (871-957), un navigateur arabe, Khashkhash Ibn Saed Ibn Asouad, originaire de Cordoue, parti de Delba (Palos) en 889, aurait traversé l'Océan Atlantique -l'"océan des brouillards"- et atteint une terre appelée "Ard Majhoola" ("la terre inconnue"). Il en serait revenu avec des trésors fabuleux. Le même auteur, par ailleurs, dit que d'autres marins se sont aussi aventurés sur l'Atlantique, certains n'en revenant jamais, d'autres en revenant. Une autre traversée, enfin, aurait eu lieu en l'an 999
Les Amériques à l'époque où les Vikings menèrent leurs expéditions, ou lors des traversées arabes
Il est bien établi maintenant que les Amériques ont été peuplées par des peuples venus d'Asie, nomades, qui ont migré de Sibérie à une époque où le détroit de Béring n'était pas submergé. Ces peuples suivaient les troupeaux d'animaux qu'ils chassaient. La migration a eu lieu il y a 17000 ans et la pointe sud de l'Amérique latine fut atteinte il y a 10000 ans. Un mouvement eut lieu aussi, dans l'Amérique du Nord, vers l'Est, depuis les piémonts des Rocheuses, vers il y a 10000 ans. On pense aussi que des franchissements par voie de mer eurent lieu, soit en direction de l'Amérique du Nord, soit en direction de l'Amérique du Sud, y apportant des éléments de population -soit très antérieurs, soit contemporains. Ces éléments soit durèrent, soit furent éliminés par les mouvements postérieurs. Les peules eskimo-aléoutes, eux, n'arrivèrent que beaucoup plus tard, vers les Vème et VIème siècles de notre ère, parcourant les zones de banquise entre la Sibérie et le Canada et, de là, s'installant jusqu'au Groënland -où ils arrivèrent vers l'an 1300. Les Na-Denés, qui s'installèrent en Alaska et dans le Canada de l'Ouest, n'arrivèrent probablement qu'entre il y a 8000 à 6000 ans. Certains d'entre eux pourraient avoir ensuite continué de se déplacer jusque dans le sud-ouest américain
La première culture des Amériques fut celle de Clovis (du nom d'une ville du Nouveau-Mexique), commençant vers il y a 13500 ans. C'était une société de chasseurs. Les groupes humains, dans l'Amérique du Nord, continuèrent ensuite d'évoluer en civilisations plus complexes. Les chasseurs-cueilleurs finirent par s'installer en communautés semi-agricoles vers 6000 avt. J.-C. mais le style de vie nomade continua jusqu'au XVIIIème siècle. Cela donna une myriade de tribus menant différents types de vie: chasseurs-cueilleurs semi-nomades, peuples agriculteurs et sédentaires. Les tribus, de plus, ont connu, pendant le Ier millénaire avant notre ère, un processus de régionalisation. On trouvait aussi des structures plus importantes voire des sociétés de type états -la plus connue étant la culture du Mississipi, le long de la rivière du même nom, qui apparut vers l'an 1000 après J.-C. et qui construisit de grands monticules de terre. L'Amérique centrale, elle, fut le lieu de civilisations plus complexes, la première étant celle des Olmèques (1400-400 avt. J.-C.), qui fut, finalement, l'ancêtre de celles qui suivirent. A l'époque carolingienne, on trouvait la civilisation de Teothihuacan (dans l'actuel Mexique) et les Mayas (dans le Yucatan et au sud-est de celui-ci). Teothihuacan était une grande ville avec architecture monumentale (des pyramides), des communautées groupées en immeubles et qui eut une influence durable sur la région (150-950). Les Mayas formaient un groupe de cités-états qui firent des innovations de pointe en matière de mathématiques, d'astronomie et d'écriture (250-900). La chute des Mayas amena une période de centres civilisationnels divers. En Amérique du Sud, enfin, des processus semblables de développement, aboutissant à la maîtrise de l'agriculture, eurent lieu. Les tribus, comme en Amérique centrale, y étaient beaucoup moins nombreuses qu'en Amérique du Nord. Les civilisations du Sud, à l'époque carolingienne, étaient: les Chibchas, en Colombie -disputés, à l'époque, par les Caraïbes, venus des Petites Antilles. Les Arawaks étaient également dans la région. Les Chibchas étaient le peuple de l'"El Dorado", ce prêtre qui s'immergeait, peint de poussière d'or, au milieu d'un lac. Les Carals, au Pérou, était un peuple très ancien, à pyramides. Les Mochés, enfin, étaient dans leur déclin, leur civilisation ayant probablement été perturbée par les conséquences d'une super-variante du El Niño -ce phénomène météo du Pacifique- à la fin du VIème siècle. Les Tiahuanacos et d'autres peuples étaient en Bolivie. Les Huaris et le peuple de Nazca étaient aussi au Pérou. Il est possible que ces différents peuples d'Amérique du Sud aient eu des contacts avec les îles de Polynésie
Les Vikings ne rencontrèrent que deux peuples indigènes sur les côtes de l'Amérique du Nord: un au Vinland, un peuple montant des canoës de peaux, qu'ils durent combattre et qu'ils appelaient des "Skraelings". Et un peuple dont ils dirent qu'ils n'avaient qu'un pied. Ils rencontrèrent de nouveau un couple de "Skraelings" au Markland. Ils en capturèrent les deux enfants, qu'ils baptisèrent et ramenèrent au Groënland. Ces peuples semblent avoir fait partie des peuples de la culture du Dorset, ces peuples qui vivaient sur les côtes arctiques de l'Amérique du Nord avant l'arrivée des Eskimos. On trouvait aussi les Innus, au Labrador et les Béothuks, à Terre-Neuve, ces derniers étant des Algonquins, ce grand groupe, linguistique et culturel, d'Indiens du Nord-nord-est de l'Amérique du Nord
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